La fin du monde, et pourtant le calme. Des couleurs vives, et pourtant la nostalgie. Le présent, et pourtant le futur. Antoine Carbonne n’est pas à un paradoxe près et explore le monde moderne en perpétuel mouvement, à travers la peinture, dans une logique spatiale et temporelle.

Le peintre s’est tout d’abord intéressé aux constructions du monde, traces du passage de l’homme sur terre, dans un souci de documenter, de raconter notre civilisation et de laisser une empreinte. Ainsi, l’artiste a peint des paysages ou endroits urbains inhabités, nostalgiques et doux, un peu inquiétants : une chaussure abandonnée dans un lieu où la nature reprend ses droits (Yucca), un coucher de soleil volcanique (Sunset), un bâtiment robuste (Pont) qui survivra à l’homme… L’atmosphère est pré-apocalyptique, la fin du monde moderne est proche, l’agonie est lente et tranquille. L’artiste n’est pas alarmiste. C’est après un voyage en Mongolie, où, surpris par l’abondance de 4x4 et bornes wifi dans un pays pourtant réputé sauvage, qu’est née l’obsession d’Antoine Carbonne pour les reliquats d’une société de consommation qu’il sait périssable. À partir d’images personnelles et de photos glanées sur Facebook qu’il découpe et assemble, le peintre, avec une palette fauve-expressionniste, compose des espaces picturaux inconstants en perpétuelle évolution, entre natures mortes contemporaines et Nouveau Réalisme.

Les œuvres d’Antoine Carbonne sont peu à peu repeuplés. Des petits personnages dans de grands paysages semblent perdus dans le cadre, livrés à une attente, pas forcément malheureuse, mais vaine. Le peintre délaisse le « figé » et les objets témoins de nos sociétés oubliées, pour se heurter à une problématique autrement plus complexe : comment archiver le présent ? Recherche artistique articulée autour d’une immense toile ; Room with a view (l’Atelier Rouge), espace intime de l’artiste et tourelle d’observation sur le monde. Référence délibérée à Matisse, l’atelier d’Antoine Carbonne représente son espace mental de création. C’est personnel mais pas narcissique : les fenêtres et la mappemonde sont une ode au paysage, au monde extérieur. Les photos, posters et post-it accrochés au mur, font penser à ces fous dans les thrillers qui relient des portraits de victimes entre eux par des fils de laine rouge. Comme eux dans leur appartement, l’artiste dans son atelier se représente le monde, dans une sorte de recherche monomaniaque, comme une obsession. Les paysages sont plus bizarres que jamais, entre rêve et réalité, ils sont mystérieux et pourtant familiers. S’inspirant toujours de photos Facebook, de collages et de prises de notes, à l’image de Jonas Wood qui incarne « un Pop Art vibrant et un art moderne cool », les œuvres d’Antoine Carbonne, reconstruites et subjectives, inventent une nouvelle temporalité, créée à partir de souvenirs et d’imaginaire. Dans Giant, les personnages semblent perdus dans leur volonté de vivre différemment, dans un monde plein de couleurs. On assiste à une sorte de désenchantement hippie qui fait directement écho à ce que ressent la génération de l’artiste, paumée entre espoir et désillusion.

« Je veux que les gens reconnaissent des instants », martèle l’artiste. Dans une narration saccadée, non didactique, le spectateur parcourt les œuvres d’Antoine Carbonne comme une histoire dont il serait le héros, comme une encyclopédie du monde contemporain, entre nostalgie présente et réel onirisme.

The end of the world, yet calm. Vivid colors, yet nostalgic. The present, yet the future. Not afraid of paradox, Antoine Carbonne explores our ever-fluctuating contemporary world through painting in a logical space and time framework.

In his paintings, the artist began with exploring the construction of the world, traces of man’s passage on earth, eager to document and report on our civilization, to leave a mark. He painted soft, nostalgic, slightly eerie uninhabited landscapes or urban sites: an abandoned shoe in a place nature has started reclaiming (Yucca), a volcanic sunset (Sunset), a sturdy structure destined to survive man (Pont)… In those paintings, the atmosphere is pre-apocalyptic; the end of the modern world is near, the agony slow and tranquil. The artiste is not alarmist. Antoine Carbonne’s obsession with the remainders of a consumer society he knows to be perishable started after a trip to Mongolia where he was amazed with the number of 4WD and wifi routers in a country thought of as wild. Starting with his own images and with photos found on Facebook that he cut and pasted together, the artist, using a fauve-expressionist palette, composed variable, ever-evolving pictorial landscapes, between contemporary still-lives and Nouveau Realism.

Antoine Carbonne’s paintings are progressively becoming populated again. Small characters in broad landscapes seem lost in the frame, as if in a state of expectancy, not sorrowful but vain. The artist has moved away from “frozen” witnesses of our forgotten societies, and finds himself tackling a much more complex problem: how to classify the present time? His artistic investigation is articulated around a huge painting: Room with a view (l’Atelier Rouge), at once the artist’s intimate workspace and an observation turret overlooking the world. In a deliberate reference to Matisse, the artist’s atelier represents his mental creative world. The endeavor is personal but not narcissistic: the windows and the globe are an ode to the landscape and to the outer world. Photos, posters and post-its on the wall are reminiscent of madmen in thrillers who link their victims together with a web of red yarn. As they do in their apartments, the artist creates his representation of the world in his studio, in a sort of monomaniacal, obsessive search. The landscapes are more outlandish than ever, mysterious yet familiar, between dream and reality. Still using photos gleaned on Facebook, collages and personal notes as inspiration, in a way similar to the work of Jonas Wood, who embodies “vibrant Pop Art and cool modern art”, Antoine Carbonne’s paintings, pieced together and subjective, invent a new time frame issued of memories and figments of imagination. In Giant, the characters seem lost in their desire for an alternative way of life, in a world full of colors. We are the witnesses of a sort of hippy disenchantment that is a direct echo to what the generation of the artist is experiencing, lost between hope and disillusion.

The artist repeats tirelessly that he “wants people to identify some moments”. Following a halting, non-didactic narration, the viewer progresses through the works of Antoine Carbonne as in a story of which s/he would be the hero, as through a contemporary encyclopedia, between confirmed nostalgia and dreamlike flight.

Julie Maury, July 2016

Si Chuan Landscape
70x100cm
(2x70x50cm)
gouache on paper
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Sérusier
gouache on paper
150x150cm
private collaction
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Red studio (GiantII)
oil on canvas
146x114cm
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Giant
oil on canvas
150x120cm
courtesy pc.
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Atelier Rouge
oil on canvas
250x280 cm
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Cache cache
oil on canvas
Paravent
160x200 cm (déplié)

https://www.youtube.com/watch?v=jZAfggl6lE8
https://www.youtube.com/watch?v=gPscK5AFO2U

https://www.youtube.com/watch?v=fiRlbd2Vrk8